Pour résumer une carrière en pleine ébullition, pas besoin de remonter aux calendes grecques : les six membres du Crew sont les mômes depuis le début, ensembles et soudés face aux galères depuis la création du groupe vers 1997. Le groupe des six ? Leeroy Kesiah, Sly The Mic Buddha, Sir Samuel (tous trois virtuoses de la human beat box), Feniksi,Vicelow et Specta. Sans oublier le "fantôme" KLR, on y reviendra.
"Dj Fun, notre concepteur musical, avait un studio à Stalingrad avec un magasin de disques au-dessus, c'est là que l'on s'est rencontré" résume Leeroy. Avec Feniksi, Leeroy fédère les sept entités du Saïan, qui traînaient dans divers groupes (OFX, Simple Spirit, Explicit Samuraï ) et le taf commence. Classique ? Oui, sauf que...
"Dès les premières répètes, on a senti un truc bizzare" se souvient Feniksi. "On faisait des trucs qu'on aurait pas osé avec d'autres. on était sept, avec KLR qui est depuis décédé dans un accident". Et voilà pourquoi le premier album du Saïan Supa Crew est titré "KLR" un hommage discret à un ami encore présent, au septième élément du crew.
La première scène de SSC ? Janvier 98 au New Morning de Paris. Depuis, du travail, encore du travail. Un maxi cinq titres à tirage limité marque la naissance du Saïan sur vinyl, en juin 98. Aux manettes du son, DJ Fun bien sûr et le producteur au nom impossible – Also Prod By, autant vous y faire - font dans la simplicité et la finesse, avec un goût prononcé pour les acrobaties syncopées et les basses insolites. Le maxi "officiel" qui voit le jour en mai 99, sous une pochette dessinée par Mod 2 confirme l'option fraîcheur prise par ce groupe hors du lot qui ne fait rien comme tout le monde tout en restant fidèle à l'esprit du hip hop (cherchez l'erreur, il n'y en a pas). Entre temps, les gens curieux ont entendu Leeroy sur "Liaisons dangereuses" et repéré le Saïan sur quelques compilations, l'album du Double H et celui de K'Reen. De quoi faire monter le buzz de ce groupe qui représente... Quoi au fait ? Le sud ? Le 9.3 ? Sarcelles ? Non le rap, tout simplement.
Maintenant que la machine Saïan tourne à plein régime, le groupe peut enfin se consacrer pleinement à son premier album. Rap, ragga, soul, Zouk même, humour, r&b : aucune frontière pour les six voyageurs des mots qui s'enferment dans leur studio et abattent la besogne. Dix-sept morceaux ? C'est possible ! un single radio ? Est-ce que "G-Padpo" fera l'affaire ? Pour la créativité, le Saïan ne craint personne. "On a écrit Le malade Imaginaire en dix minutes, au feeling" raconte même Feniksi. Et Leeroy renchérit en évoquant "Angela", un morceau zouk sérieux mais tourné en dérision, et "la preuve par 3", "qui traite du racisme comme ça n'avait pas encore été fait".
Pour la prise de tête et les phrases techniques, pas de souci : "on a enregistré "Darkness" en trous temps sur un quatre temps ! peu de gens vont l'entendre mais on l'a fait" raconte Feniksi.
Impossible de raconter "KLR", un album si varié qu'il nécessite des écoutes approfondies pour en saisir pleinement la substance. Pas mal pour un "petit groupe" qui donne déjà des cheveux blancs aux jeunes crews conformistes du hip hop français qui se la racontent. Une phrase de Leeroy Kesiah résume l'esprit de ce premier album du Saïan Supa Crew : "on a l'impression d'avoir mis l'essence du hip hop dans ce disque". Rajoutons à cette formule sans appel que le groupe à écouté et digéré tous les sons nouveaux qui ont révolutionné le hip hop : de Timbaland à Busta Rhymes, rien n'a échappé à l'oreille de ces six samouraïs du hip hop. Ce qui explique pourquoi le Saïan est un des rares groupes français capable de franchir le fossé qui sépare old school de new school. Et sans effort, en plus. Qui a dit "petit groupe" ?

